United World Project

Workshop

Aimer par delà les frontières

 
28 février 2020   |   Turquie, Migration e réfugiés, Erasmus +
 
Par Alexander Simoen

Expérience d’un groupe de jeunes d’Ecosse, d’Italie, de Colombie, d’Algérie, de Belgique, de Chine et d’Argentine qui, représentant l’ONG New Humanity, ont visité la Turquie et passé du temps avec des gens du pays et des réfugiés.

Nous sommes Danila, Yang Li, Alexander, Alfonso, Amine, Jorge, Daniel et Valentina, un groupe de personnes de pays et d’horizons très différents. Qu’est-ce qui nous unit? Nous sommes camarades de classe à l’Institut universitaire Sophia, à Loppiano, une petite ville de Toscane, en Italie. Ensemble, et représentant l’ONG New Humanity, nous avons eu l’occasion d’aller en Turquie pour connaître le pays et en savoir plus sur la réalité des réfugiés et de la population locale.

La Turquie est le pays européen le plus proche de régions de conflit et accueille les premières vagues de réfugiés. Nous avons appris que l’un des plus grands défis pour les autorités locales était d’aider les réfugiés syriens sans créer ou, du moins, en évitant de créer des tensions avec la population, voire des sentiments de frustration de sa part.

La culture turque est très différente de celle du reste de l’Europe. Par exemple, le peuple turc vous salue de manière différente. Les habitants de Sanliurfa – l’une des villes où nous sommes allés – aiment manger, ils apprécient le riz, la nourriture épicée, les yaourts et beaucoup de viande. Lorsque vous vous promenez dans la rue, les gens vous proposent des mets pour les goûter. Les turcs sont très accueillants et toujours prêts à vous aider et vous sourire.

Venir ici à Sanliurfa, une ville d’env. 2,5 millions d’habitants, dont plus d’un demi-million de réfugiés syriens, nous a permis de voir, sur le terrain, la réalité de l’accueil turc à l’égard des réfugiés. En Europe, nous entendons souvent parler de la situation par le biais des médias, mais le fait d’être ici nous fournit de nouvelles perspectives et une meilleure compréhension de la situation. Nous avons eu la chance d’approcher des gens sans aucun filtrage. Nous avons rencontré des fonctionnaires, sommes allés dans une école, voir des familles, en ayant même des étudiants syriens dans notre groupe.

En ces occasions, nous avons vu comment l’État turc travaille avec les réfugiés. Nous avons constaté que, parfois, les enfants peuvent aller à l’école, que les familles reçoivent de l’aide pour se loger et, même, que beaucoup de personnes contribuent à l’enregistrement des syriens. Compte tenu de l’ampleur du problème, il est clair qu’il reste beaucoup à faire et que de nombreuses difficultés subsistent pour assurer le meilleur accueil possible aux réfugiés. Mais il est devenu clair pour nous que le gouvernement turc fournit un énorme effort pour faire ce qu’il peut.

La réalité des réfugiés

Jorge et Amine ont eu la chance d’aller dans un orphelinat. Les deux n’apportaienrt pas beaucoup de choses, Jorge ne possédait pas la langue, ni le même milieu culturel, mais “nous avons appris qu’avec un câlin et une attention pleine et sincère, nous pouvions être tout-à-fait amis avec eux. Ils nous ont appelés “Amu”, qui, en arabe, veut dire oncle. Avant que nous quittions le centre – les enfants demandant si nous pouvions revenir-, le directeur insistait sur le fait que les enfants avaient besoin d’affection et de contacts chaleureux, en particulier de la part d’ hommes. Il nous fut difficile de quitter ces enfants qui avaient spontanément conquis une place au fond de nos cœurs.”

Daniel, d’Écosse, eut l’occasion de rencontrer des réfugiés syriens qui ont vécu le fait d’être forcés de quitter leur patrie, et il a résumé ce qu’il a appris:

“Au vu d’un européen, l’immigration et les réfugiés sont des questions très médiatisées. J’ai ressenti que ça devenait une chose “normale” et me suis ainsi quelque peu désensibilisé à la question. S’agissant aussi d’un sujet politique brûlant, cela fait que la discussion s’est encore plus distancée de la dimension humaine. C’est un objet souvent formulé en termes d’impact négatif des migrants sur la société d’accueil et de volume de l’aide financière à octroyer.

Cette semaine, nous avons eu l’occasion de faire la connaissance de quelques réfugiés qui font partie du groupe du projet. Ils ont partagé leur expérience très ouvertement et nous avons pu entendre, éprouver et constater le désarroi de perdre leur chez-soi, la douleur d’être séparé des membres de leur famille et l’impact des incertitudes vécues au cours de leurs longs voyages pour trouver la sécurité en Turquie. Nous avons été impressionnés par le fait que chacun de nos nouveaux amis ressentait un profond sentiment de gratitude pour la relative sauvegarde et sécurité trouvées en Turquie, en même temps que de la reconnaissance pour avoir pu reconstruire leurs vies dans leur nouvelle ville: toutefois,  les réminiscences et les stigmates de la guerre demeurent .

Nous avons également pu visiter des familles de réfugiés. J’ai rendu visite à une mère et à ses quatre jeunes enfants, le père a disparu depuis 5 ans: les enfants doivent donc travailler, tout en allant à l’école. Ils ont eu des problèmes à être acceptés par les gamins du quartier, de sorte que, maintenant, leur mère hésite à les laisser jouer dehors … La famille a une maison et de la nourriture pour vivre, elle fait écho au message de gratitude envers la Turquie qui les a acceptés. Et pourtant, par nous-mêmes, nous avons vu la pauvreté, la réalité écrasante d’une ville de 2 millions d’habitants avec, en plus, env. 600 mille réfugiés.

J’ai été frappé de constater que, même s’ils apparaissent pauvres et brisés, loin de chez eux, lorsqu’ils sont ensemble, ils sont à nouveau soudés; dans le sourire des frères et sœurs – ils comptent tellement les uns sur les autres dans la traversée de ce traumatisme commun -, ils se retrouvent en quelque sorte entiers.

J’ai vu une grande dignité dans la gratitude de cette famille pour le seul fait qu’ils vivent et soient ensemble, avec la foi qu’ils ne sont pas seuls dans leur lutte. A cet instant-là, j’ai ressenti une grande pauvreté en moi et dans ma culture, pour qui tout ne sera jamais suffisant. Le don de la persévérance et de l’humilité, je vais essayer de le ramener à la maison, dans une culture obsédée par le salut sous forme de choses matérielles. Cela ne veut pas dire que l’aide ne soit pas un don réel, mais cela signifie que l’humanité se réalise dans la solidarité  et l’amour mutuel ».

Les institutions officielles souhaitent la bienvenue aux réfugiés

Lors de nos rencontres avec les responsables de l’administration publique, nous avons parlé, de manière directe, des processus institutionnels d’accueil à la population syrienne réfugiée sur le territoire turc. De la part de ces institutions officielles, nous avons constaté une grande transparence et avons visité des endroits d’accès restreint. Même si la majeure partie du processus implique l’enregistrement des personnes et leur intégration dans le système social et dans celui du travail, les mots les plus entendus étaient empathie et dignité. C’était encourageant et, d’avoir entendu le maire de Sanliurfa parler d’aider et d’accueillir les réfugiés syriens par amour, nous a donné de l’espoir.

La sphère culturelle et religieuse influence la dimension administrative et politique. Dans ce cas, elle met fortement l’accent sur l’empathie dans l’écoute des histoires des victimes, afin de leur donner de la dignité et de les accueillir, “car, sur leur visage, il y a le visage d’Allah (  Dieu  )”. Nous avons ainsi trouvé, dans cette expérience avec les fonctionnaires, un message pour les fonctionnaires d’État dans d’autres parties du monde, à savoir de viser l’empathie avec l’histoire des autres et la prendre en compte, “taninma” comme ils disent, pour aider chacun de manière effective.

Nous avons éprouvé combien il est important de nous mettre dans la situation de la société turque, env. 20% des habitants de Sanliurfa sont des réfugiés. Nous avons appris que de nombreuses actions sont en train d’être entreprises; bien sûr, plus pourrait être fait au-delà du soutien matériel, par exemple dans le domaine de la formation et de l’accompagnement.

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